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Révolte au cinéma : Viola Desmond immortalisée par un billet de banque

lundi 12 mars 2018, par REGAIN

Le courageux geste de désobéissance civile de Viola Desmond, longtemps ignoré de la plupart des Canadiens, est maintenant immortalisé sur un nouveau billet. [1]

La Banque du Canada a dévoilé jeudi à Halifax son nouveau billet de 10 $, qui montrera pour la première fois une autre femme que la reine : la militante pour les droits des Noirs Viola Desmond. Le billet de polymère, tout premier billet orienté « à la verticale », montre un portrait de Viola Desmond sur une carte historique du quartier North End de Halifax où elle a vécu ; le verso du billet est illustré du Musée canadien des droits de la personne, à Winnipeg. Il sera émis « vers la fin de 2018 », indique la Banque.

En cette Journée internationale des femmes, jeudi, le ministre des Finances, Bill Morneau, a souligné le caractère doublement symbolique de ce billet, qui salue non seulement le courage d’une femme, mais aussi celui d’une Noire.

Le soir du 8 novembre 1946, Viola Desmond, en route vers une réunion d’affaires à Sydney, en Nouvelle-Écosse, fait une visite imprévue dans la petite communauté de New Glasgow lorsque sa voiture tombe en panne. Quand elle apprend que les réparations prendront plusieurs heures, elle loue une chambre d’hôtel et décide d’aller voir un film pour passer le temps. Au cinéma Roseland, Desmond demande une place au parterre. La caissière lui remet plutôt un billet pour le balcon, réservé aux clients qui ne sont pas de race blanche. Viola se rend au parterre où l’ouvreur lui dit qu’elle doit aller s’asseoir au balcon. Croyant à une erreur, Viola retourne voir la caissière et lui demande d’échanger son billet pour une place au parterre. La caissière refuse : « Désolée, je n’ai pas l’autorisation de vendre des billets pour le parterre à des gens comme vous. » Viola réalise qu’elle fait référence à la couleur de sa peau et décide de s’asseoir malgré tout au parterre.

Viola Desmond est interceptée par le gérant, Henry MacNeil, qui lui apprend que le théâtre a le droit de « refuser l’entrée à toute personne indésirable ». Viola Desmond lui fait remarquer qu’on ne lui a pas refusé l’entrée et qu’elle a bel et bien acheté le billet qu’elle tient dans sa main. Elle ajoute qu’elle a tenté d’échanger son billet pour une place au parterre et qu’elle était prête à payer la différence, mais qu’on le lui a refusé.

Lorsqu’il voit qu’elle ne quittera pas son siège, le gérant appelle un agent de police. Viola est blessée à la hanche et au genou lorsqu’elle est traînée hors du théâtre et emmenée en prison. Elmo Langille, le chef de police et MacNeil l’y attendent. Ils reviennent une heure plus tard avec un mandat d’arrestation contre elle. Viola Desmond est incarcérée pendant la nuit. Sous le choc, apeurée, elle garde son sang-froid et expliquera plus tard qu’elle est restée assise toute droite pendant toute la nuit.

Russell Grosse, directeur du Centre culturel des Noirs de la Nouvelle-Écosse, estime que « ce signe d’appartenance de la communauté afro-canadienne était attendu depuis longtemps ».

« Le lancement de ce billet envoie un message fort aux gens d’origine africaine : le Canada nous accepte enfin. Nous faisons partie de ce pays », a-t-il soutenu.

Selon M. Grosse, la ségrégation raciale et la discrimination systémique ont marqué l’histoire de la Nouvelle-Écosse, même si les Canadiens ne veulent pas toujours le reconnaître. « Beaucoup d’Afro-Canadiens l’ont déjà vécue », ce qui rend le billet à l’effigie de Viola Desmond d’autant plus important pour cette communauté. « C’est une histoire remarquable : cela démontre à quel point la société a changé. »
M. Grosse admet que la peur des différences et de la diversité est toujours présente, mais ces enjeux peuvent maintenant être débattus au grand jour.
Le geste de Viola Desmond est demeuré dans l’ombre de l’Histoire pendant plus de cinquante ans, jusqu’à ce que son portrait figure sur un timbre, en 2012 ; on a aussi baptisé un traversier de Halifax en son honneur. Toronto songe à nommer un parc à sa mémoire, et Montréal pense à lui offrir une rue.
Isaac Saney, chargé de cours au programme d’études des Noirs de l’Université Dalhousie, estime que de nombreux Canadiens ignorent l’esclavage et la ségrégation qui ont existé au pays. « On sait plus de choses sur Rosa Parks que sur Viola Desmond », dit-il. « On sait plus de choses sur Martin Luther King que, disons, sur W.P. Oliver » - le militant William Pearly Oliver, de la Nouvelle-Écosse. Le nouveau billet de 10 $ pourrait contribuer à instruire les Canadiens, selon lui.

En savoir plus sur Viola Desmond ? voir sur ce lien l’encyclopédie canadienne


[1Ben que le racisme ne soit pas officiellement enraciné au sein de la société canadienne, la communauté noire au Canada, et celle de la Nouvelle-Écosse en particulier, sait bien qu’un code non écrit limite la vie de ses membres, des limites parfois difficiles à prévoir. D’une certaine façon, le statut « non officiel » du racisme au Canada le rend plus difficile à traiter.

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