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L’éducation populaire en France

lundi 10 juin 2019, par Jeanne HILLION

L’éducation populaire en France relève à la fois d’un idéal d’émancipation et de pratiques associatives de formation du citoyen ancrées dans des cadres collectifs. Difficile à définir et dater précisément, elle trouve ses origines dans un long mouvement de réflexion et d’expérimentation autour de l’éducation, du Rapport sur l’instruction publique de Condorcet (1792) en passant par la création de la Ligue de l’enseignement (1866), des premières universités populaires (1890-1910), des Scouts de France (1920) ou par le Front populaire (1936). Deux « invariants » (Richez, 2013) permettent de mieux la cerner : l’accès du plus grand nombre à la culture ; l’accès aux savoirs et à la culture comme condition de l’exercice de la citoyenneté. Ils ont impliqué la mise en œuvre de pédagogies actives s’appuyant sur les capacités de celui qui apprend : le « sujet apprenant ».

  • Historiquement, l’État a reconnu le travail des associations d’éducation
    populaire en aidant la professionnalisation du secteur « jeunesse
    et éducation populaire » (JEP) et en l’intégrant dans les politiques
    publiques en direction de la jeunesse. Cela passe aussi bien par
    des modalités de financement propres (Fonds de coopération de
    jeunesse et d’éducation populaire [FONJEP], subventions, etc.), des
    diplômes (BAFA, BAFD, BPJEPS) que par un échange régulier avec
    l’État (CNAJEP, Conseil d’orientation des politiques de jeunesse [COJ]…).

Créé par l’ordonnance du 2 octobre 1943, l’agrément « jeunesse et
éducation populaire » permet au ministère chargé de la jeunesse de
reconnaître les associations comme partenaires particuliers et privilégiés.

C’est un label de qualité qui reconnaît la valeur éducative
de l’association. Il repose sur des critères caractérisant l’association :
l’existence et le respect de dispositions statutaires garantissant la
liberté de conscience ; le respect du principe de non-discrimination ;
un fonctionnement démocratique ; la transparence de leur gestion ;
l’égal accès des hommes et des femmes et l’accès des jeunes à leurs
instances dirigeantes, sauf dans les cas où le respect de cette condition
est incompatible avec l’objet

  • De nombreux acteurs de l’éducation populaire se réfèrent aujourd’hui aux notions de pouvoir d’agir (« empowerment » en anglais) ou de « community organizing » pour qualifier des pratiques militantes plus ouvertement tournées vers une repolitisation du travail social et de l’animation (Bacqué, 2013 ; Lescure, Porte, 2017). Ces pratiques s’inspirent de modèles anglo-saxons (Talpin, 2016) et s’inscrivent dans la perspective d’une démocratie élargie à la participation et à l’interpellation, qui intègre le conflit comme un élément d’apprentissage de la citoyenneté et de régulation des tensions sociales..
  • Formel, non formel et informel sont des notions en usage pour penser l’éducation, la formation et l’apprentissage tout au long de la vie. La Commission européenne en donne les définitions suivantes :
    « L’apprentissage formel est dispensé dans un contexte organisé et structuré [...] et explicitement désigné comme apprentissage [...]. Il est intentionnel de la part de l’apprenant et débouche généralement sur la validation et la certification.
    L’apprentissage informel découle des activités de la vie quotidienne liées au travail, à la famille ou aux loisirs. Il n’est ni organisé ni structuré (en termes d’objectifs, de temps ou de ressources) et possède, la plupart du temps, un caractère non intentionnel de la part de l’apprenant.
    L’apprentissage non formel est intégré dans des activités planifiées qui ne sont pas explicitement désignées comme activités d’apprentissage (en termes d’objectifs, de temps ou de ressources), mais qui comportent un important élément d’apprentissage. Il est intentionnel de la part de l’apprenant. »

aller plus loin :

  • Bacqué M.-H., Biewener C., 2013, L’empowerment, une pratique émancipatrice, Paris, La Découverte.
  • Besse L., Chateigner F., Ihaddadène F., 2016, « L’éducation populaire », Savoirs, no 42, p. 11-49.
  • Christen C., Besse L. (dir.), 2017, Histoire de l’éducation populaire : 1815-1945 : perspectives françaises et internationales, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du septentrion.
  • Dardot P., Laval C., 2015, Commun : essai sur la révolution au XXIe siècle, Paris, La Découverte.
  • Le Crosnier H., 2013, Culturenum : jeunesse, culture et éducation dans la vague numérique, Caen, C&F éditions.
  • Lebon F., 2009, Les animateurs socioculturels, Paris, La Découverte.
  • Lebon F., Lescure E. de (dir.), 2016, L’éducation populaire au tournant du xxie siècle, Vulaines-sur-Seine, Éditions du croquant.
  • Lepage F., 2012, Éducation populaire, une utopie d’avenir, Paris, Les Liens qui libèrent.
  • Lescure E. de, Porte E., 2017, « Introduction », Agora débats/jeunesses, no76, p. 53-63.
  • Sue R., 2001, Renouer le lien social, Paris, Odile Jacob.
  • Talpin J., 2016, Community organizing : de l’émeute à l’alliance des classes populaires aux Etats-Unis, Paris, Raison d’agir.

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