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Émancipation sociale, société libertaire : les outils de l’éducation populaire et de la coopération pour y parvenir

samedi 9 septembre 2017, par Jeanne HILLION

Émancipation sociale, société libertaire : les outils de l’éducation populaire et de la coopération pour y parvenir

Emanciper c’est affranchir, libérer d’une autorité, d’une domination, d’une tutelle, d’une servitude. L’idée d’émancipation naît avec la lutte contre l’esclavage, puis le servage. Non seulement cette lutte n’a pas totalement abouti dans la réalité, malgré de nombreux textes, mais cette pseudo-émancipation a fait place au salariat dont les conditions aujourd’hui peuvent égaler, voire dépasser, celles du servage ou de l’esclavage. Le salariat n’est rien d’autre en effet qu’une dépossession de nos moyens d’existence.

Il est donc logique que l’idée d’émancipation sociale naisse au cœur de ce qu’on peut déjà appeler la coalition de l’État moderne et d’un capitalisme ascendant. Avec particulièrement les « socialistes utopiques ».

L’utopie n’étant pas le bout du chemin, mais le chemin lui-même, pas l’irréalisable mais l’irréalisé, comme l’exprimait Théodore Monod (Victor Hugo, lui, appelait l’utopie « la vérité de demain »). Parmi ces « socialistes utopiques » figurent notamment :

  • ° Charles Fourier (1772-1837) avec ses phalanstères ;
  • ° Saint-Simon (1760-1825), qui considère qu’il est du devoir des industriels et des philanthropes d’oeuvrer à l’élévation matérielle et morale des prolétaires, et développe une vision nettement technocratique ;
  • ° Robert Owen (1771-1858), qui créera les premières coopératives de consommation.

Et plus tard, des théoriciens plus spécifiquement anarchistes ; entre autres, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) pourfendeur de la propriété comme « vol » et promoteur du mutualisme (économie fondée sur la réciprocité des services) et du fédéralisme (politique fondée sur la fraternisation des groupes), et Pierre Kropotkine (1842-1921) qui place l’entraide comme facteur principal de l’évolution.

Évidemment, ce mouvement n’est pas homogène, comme d’ailleurs le socialisme dans son ensemble, le mouvement ouvrier, le syndicalisme ou même l’anarchisme.
Des divergences existent et se développeront, notamment autour de l’électoralisme ou de la place de l’homme dans la nature, de son rapport à la technique, c’est-à-dire de la notion de « progrès ».

Il reste que cette utopie, c’est une société qui se projette en rupture avec l’ordre établi, ouvrant la voie à une ère d’harmonie sociale, une société de l’échange égalitaire, en remplaçant le gouvernement des hommes par l’administration des choses ; c’est la suppression du prolétariat et la transformation des travailleurs salariés en compagnons ; c’est une liberté qui se pose face à l’État. Il faut bien comprendre ici la nature parasite de l’État. Et c’est sans doute Kropotkine qui l’exprime le plus simplement : « L’État est une croissance historique qui, dans la vie de tous les peuples à une époque déterminée, s’est lentement et progressivement mis à la place des confédérations libres, des communautés, des unions tribales, des villages et des guildes de producteurs, et a livré aux minorités un soutien fécond pour domestiquer les masses – cette croissance historique et tout ce qui en a dérivé – c’est ce contre quoi nous luttons ». La société imaginée est donc celle qui se fixe pour tâche la disparition de toutes les tyrannies, exploitations, inégalités et préjugés.
C’est pourquoi l’émancipation sociale doit porter sur tous les domaines : à la fois moral, intellectuel, politique, économique.

Ces pionniers considéraient qu’une révolution est condamnée à l’échec si elle n’a pas posé au préalable les fondations du monde auquel elle aspire. C’est donc ici et maintenant qu’il faut construire une architecture sociale, un mode de vie alternatif, s’appuyer sur les relations de confiance, d’estime et de solidarité qui existent dans la vie quotidienne, la famille, les quartiers, les lieux de travail. La critique s’élargira progressivement avec la montée en puissance – et les dégâts – du capitalisme : économie de marché omniprésente, structures administratives et politiques aliénantes, technique surdéveloppée, expansion des villes, développement continu d’une industrie prédatrice, extractiviste, pollution, enlaidissement des paysages, atomisation, solitude, populations déracinées, pathologies sociales d’une société de masse…

C’est peut-être encore Kropotkine qui résume le mieux cette intuition : le plus complet développement de l’individualité doit se « combiner avec le plus haut développement de l’association volontaire sous tous les aspects, à tous les degrés possibles, pour tous les buts imaginables : association toujours changeante, portant en elle-même les éléments de sa durée et revêtant les formes qui, à chaque moment, répondent le mieux aux aspirations multiples de tous ».

L’entraide

C’est, bien entendu, la brutalité du capitalisme au moment de la Révolution industrielle qui a suscité la coopération comme réponse des travailleurs aux conséquences de la concentration des capitaux. Même si on peut trouver de nombreux exemples d’une « préhistoire coopérative » (la première fruitière, dans le Doubs, daterait de 1273), les racines de cette coopération ouvrière plongent à environ deux siècles dans l’histoire.

La coopération répond à un double objectif : poser le socle d’un ordre social nouveau, améliorer au jour le jour la condition ouvrière. Au nom de la solidarité vont se multiplier des structures d’entraide, des caisses de prêt, des sociétés de secours mutuel, des coopératives dans de nombreux domaines (assurance, banque, construction, toutes formes de production ou de commerce).

Avant le capitalisme et l’État, il n’y avait pas le vide, comme certains aimeraient le faire croire, mais une société qui était édifiée sur de nombreux groupes sociaux, constituant une structure complexe et pluraliste. L’alliance du capital et de l’État va s’acharner à détruire ce « vivre ensemble » concret par une organisation de plus en plus lourde et contraignante, dépossédant ces groupes de leur autonomie. On peut considérer que le premier objectif du mouvement coopératif consiste à restructurer la société en lui permettant de se réapproprier sa cohérence interne.

Trois modes principaux de coopératives vont se développer :

° La coopérative de consommation : historiquement la plus puissante, elle est aussi la moins propice à une transformation sociale profonde. Née en Angleterre, elle se répandra assez rapidement dans d’autres pays.

° La coopérative de production : beaucoup plus prometteuse parce que, contrairement au simple achat collectif, la production commune de biens exige plus d’implication, d’engagement, de conviction, d’énergie, de temps. Le sociétaire d’une coopérative de production – ou de travail – développe un nouveau rapport avec ses compagnons. Et c’est bien parce qu’elles présentent un danger pour le pouvoir que les premières associations ouvrières de production verront leur développement entravé par la loi Le Chapelier de 1791, qui interdit les organisations ouvrières, les corporations de métiers et le compagnonnage.

° La coopérative intégrale réunissant les deux incarne l’idéal parce qu’une nouvelle réorganisation authentique et durable de la société ne pourra réussir que par l’union des producteurs et des consommateurs, c’est-à-dire avec davantage de volonté, de détermination. Charles Gide, oncle de l’écrivain, affirmait : « On peut espérer qu’il y aura un jour une société dans laquelle le service rendu, la satisfaction des besoins seront des stimulants suffisants pour remplacer le profit. Mais il faut supposer pour cela une grande transformation non seulement économique mais morale ».

L’éducation populaire

Le mouvement ouvrier ne se contentera pas des outils destinés à favoriser l’entraide, la coopération pour soulager sa peine, amoindrir la souffrance, accroître son bien-être. Conscient que, jusque-là, l’instruction a essentiellement été le monopole d’une caste et que le pouvoir tire sa force du savoir, il va impulser une œuvre d’éducation par le peuple et pour le peuple – même si des intellectuels y participeront, évidemment – œuvre dont l’objet est de lutter contre l’obscurantisme et l’emprise de l’église catholique, de se libérer des préjugés qui prédisposent à l’obéissance, à la soumission, de développer les connaissances générales et techniques qui rendent plus aptes à prendre en main son avenir, d’exercer la faculté d’argumenter et l’esprit critique.

C’est au 18e siècle, à l’époque des Lumières, que l’on fait communément remonter l’origine de l’idée d’une éducation populaire. En 1792, en pleine révolution, Condorcet remet à l’Assemblée législative un rapport sur l’instruction publique dans lequel on peut lire : « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées. Le genre humain n’en resterait pas moins partagé en deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient. Celle des maîtres et celle des esclaves ».

Les idées de Condorcet auront différentes influences au 19e siècle, siècle marqué en France par les révolutions de 1830, 1848 et 1871 : le courant républicain dont la cible principale est l’obscurantisme entretenu par l’Église (Association polytechnique, Ligue de l’enseignement créée par Jean Macé…), le christianisme social qui se structure autour de la lutte contre la misère et la pauvreté (JOC, JAC actives notamment dans les zones rurales).

Mais c’est surtout le courant ouvrier et révolutionnaire, déjà à l’origine des amicales, des mutuelles, des coopératives, qui va s’attacher à la recherche d’une autonomie ouvrière face à la culture bourgeoise, à un travail d’élucidation et de transformation des rapports sociaux (la première Internationale des travailleurs est fondée en 1864). « Ce qui manque à l’ouvrier, c’est la science de son malheur », écrivait l’anarchiste Fernand Pelloutier dont la devise était « instruire pour révolter ». C’est pourquoi les révolutionnaires se méfieront de l’école de la bourgeoisie édifiée par Jules Ferry avec les lois de 1881-1882. En effet, au motif généreux de faire partager aux enfants du peuple les éléments de base d’une culture réservée à une élite, l’école de la IIIe République poursuit d’autres objectifs, moins avouables : former des travailleurs mobiles et adaptés à une industrie moderne plus productive, parachever l’unité linguistique et idéologique de la France, forger le patriotisme et les esprits à l’abnégation militaire, armer la politique coloniale de la France.

L’autonomie ouvrière, c’est aussi la finalité des Bourses du Travail, entre éducation politique et formation professionnelle. Mises en place par les municipalités, elles joueront, grâce aux syndicats, un rôle important dans la structuration du mouvement ouvrier. Elles doivent livrer aux ouvriers les moyens de leur auto-émancipation, laquelle passe par la compréhension des mécanismes de la domination capitaliste et la maîtrise des outils nécessaires à l’organisation de la société. : la mise en commun des connaissances au service de tous. Elles assureront simultanément plusieurs fonctions : aides matérielles durant les recherches d’emploi, bibliothèques, cours professionnels, conférences éducatives, presse syndicale…).

Si, en France, des résultats sont obtenus au cours du 20e siècle (les Universités populaires nées de l’affaire Dreyfus, la création des « ciné-clubs », les auberges de jeunesse, Léo Lagrange, Peuple et Culture fondé en 1945 par des résistants, CEMEA, l’apparition des loisirs, les Maisons des jeunes et de la culture…), on assiste progressivement à une dépolitisation, à une institutionnalisation, à une dérive vers l’animation socio-culturelle. Au mieux, il s’agit de résister a minima au conformisme et à l’endormissement ; au pire, de maintenir la paix sociale.

Pasolini par exemple s’est attaché à montrer que la révolution des grands médias (télévision en tête, la plus grande arme de destruction massive, celle qui offre du temps de cerveau disponible) a détruit les cultures particularistes des milieux populaires, et que les industries de la culture ont prospéré sur l’échec de l’éducation populaire ; la société du spectacle et de la consommation a fourni un modèle doublement aliénant, symboliquement et économiquement. Aujourd’hui, quelques structures d’éducation populaire proposent des pistes intéressantes par le biais notamment de conférences gesticulées, qui ne se limitent pas au seul registre de l’intellect, mais sollicitent humour, autodérision, émotion, poésie. Par ailleurs, il existe en France une soixantaine d’Universités populaires dont l’objectif est la transmission des savoirs théoriques ou pratiques pour tous. On est désormais très loin de l’émancipation du peuple, très loin même d’un temps où les ouvriers, après une journée harassante, allaient se nourrir de connaissances, où les conférences publiques organisées par les anarchistes remplissaient des salles de plusieurs centaines de personnes, où foisonnaient les journaux, les brochures, les pamphlets.

Dans Construire l’autonomie (ouvrage collectif d’Offensive libertaire et sociale – OLS), on peut lire : « L’État, en s’appuyant sur le projet politique réformiste de certaines fractions du mouvement ouvrier, a même réussi à prendre possession des outils que ce dernier avait développés pour garantir l’indépendance des classes dominées. Ainsi, les mutuelles ouvrières, en devenant notre protection sociale, ont été abandonnées aux mains de gouvernants peu scrupuleux. Il en va de même pour les bibliothèques, à l’origine populaires et maintenant rentrées dans le giron de l’État et des municipalités, ou encore du placement des travailleurs et travailleuses, jadis effectué sous le contrôle des ouvriers-e-s eux et elles-mêmes, qui pouvaient organiser collectivement le boycott des employeurs offrant de mauvaises conditions de travail : ce qui était l’apanage des Bourses du travail est devenu aujourd’hui le monopole de Pôle emploi ».

Cet enthousiasme se maintiendra pourtant plus longtemps ailleurs : il portera la révolution espagnole en 1936. Bénéficiant d’un long travail préalable (athénées libertaires, cours du soir, création d’écoles…) parce que l’éducation occupe une place prépondérante dans le projet des anarcho-syndicalistes, la révolution espagnole réorganisara totalement l’école (scolarisation de tous les élèves, construction d’écoles, mais aussi suppression des internats, des maisons de correction, des casernes scolaires). Il s’agit de purger l’école de tout autoritarisme, de diffuser une culture de la liberté et de l’action collective.

La société libertaire

Cet idéal d’émancipation, d’égalité économique, de justice sociale a probablement été formulé le plus complètement par le projet de société libertaire, ou anarchisme. Historiquement, le mouvement anarchiste naît au sein du mouvement ouvrier comme l’expression de la protestation des travailleurs contre l’exploitation mondiale. Dans cette lutte, ils s’opposeront à la fois aux conceptions réformistes du socialisme et à celles du marxisme. L’articulation entre liberté et égalité constitue le thème central de l’anarchisme : l’idée est que la liberté de chacun n’est jamais limitée mais confirmée par la liberté des autres. « La liberté d’autrui étend la mienne à l’infini », écrivait Bakounine. La base de l’organisation, c’est la libre association des producteurs et des consommateurs dans les quartiers ou les communes.

Le fédéralisme, respectant l’autonomie des ateliers et des industries aussi bien que des communes, permet la coordination entre ces unités de base, et donc permet à la fois de se garantir mutuellement et de pourvoir au mieux aux besoins individuels et collectifs. C’est pourquoi la société libertaire semble la plus propice à intégrer la décroissance, parce que les besoins sont définis au plus près, contrairement au capitalisme fondé sur la multiplication des besoins artificiels. L’organisation fédéraliste s’oppose donc à la fois au centralisme étatiste jacobin et au laisser-faire de l’individualisme libéral. Le but de l’action anarchiste n’est donc en aucun cas la conquête du pouvoir.

L’influence qu’a exercée le mouvement libertaire dans l’Histoire est loin d’avoir été négligeable, notamment lors de la Commune de Paris en 1871, la révolution russe de 1917 et surtout la révolution espagnole de 1936, l’expression historique la plus marquante des idées libertaires. Dès les premiers mois qui ont, en juillet 1936, suivi le coup d’État de l’armée espagnole, appuyé par la droite, les fascistes de la Phalange et l’Église, sont collectivisés les transports urbains et ferroviaires, les usines métallurgiques et textiles, l’adduction d’eau, la fabrication et l’acheminement du gaz et de l’électricité, certains secteurs du grand et du petit commerce. Environ 20 000 entreprises industrielles ou commerciales sont ainsi expropriées et gérées directement par les travailleurs et leurs syndicats.

C’est dans le domaine agricole que la collectivisation fut la plus achevée : abolition de la monnaie, remaniement des limites communales, organisation de l’entraide entre collectivités riches et pauvres, égalisation des rémunérations, mise en commun des outils et des récoltes.

Après 1945, le partage du monde en deux blocs impérialistes distincts et la prise en main des affaires par les bureaucraties syndicales et les dirigeants politiques de « gauche » ont rendu difficile la diffusion des idées libertaires. Depuis 1968 et l’explosion de la révolte étudiante et de la jeunesse, les idées libertaires ont connu un certain regain de vigueur, mais restent très marginales.

Et aujourd’hui ?

On a évoqué l’histoire, le temps où on parlait avec pertinence de classe ouvrière, où on avait le sens de la lutte ; on a aussi parlé de théorie. Mais qu’en est-il de la réalité aujourd’hui ? Parce que la vraie question n’est pas : Qu’aurait-on pu – ou dû – faire hier ? Mais : que peut-on faire aujourd’hui ? Or quand on observe la société actuelle, on ne peut que penser à un héritage dilapidé avec une accélération vertigineuse. Si on dresse le bilan des grandes tendances de la société contemporaine, c’est l’effarement qui domine. Je vous livre un petit inventaire à la Prévert.

  • ° Des puissances économiques et militaires dirigées par des malades mentaux (mais mises en place quand même par les populations).
  • ° Des Etats obsédés par le contrôle des citoyens et la criminalisation du mouvement social, à grand renfort de fichage généralisé, de vidéosurveillance, d’état d’urgence, de militarisation du territoire, de violences policières et de marché sécuritaire.
  • ° Un monde du travail dominé par le chômage de masse, la précarité, et dont l’intention clairement affichée – celle des « managers » - est de liquider le Code du travail, l’assurance chômage, les retraites, les services publics et tout ce qui ressemble à des droits collectifs.
  • ° Dans le contexte d’une régression sociale sans précédent, un syndicalisme affaibli, divisé, contesté qui a perdu en vingt ans les deux tiers de ses effectifs, qui s’est totalement désintéressé de la nature de la production, se lançant à corps perdu dans le mythe de la croissance, de la productivité, de la sauvegarde de l’emploi à n’importe quel prix écologique… et donc social et humain. Un syndicalisme aussi qui subit de la part de l’État deux stratégies complémentaires : la répression et l’intégration.
  • ° Des médias spécialisés dans la manipulation mentale de masse, un abrutissement et une infantilisation assurés par l’industrie culturelle.
  • ° Un urbanisme délirant qui détruit les terres agricoles, le commerce de proximité et rend impossible la survie d’une unité communautaire.
  • ° Une agriculture qui a liquidé la paysannerie et livré les consommateurs aux appétits des multinationales de l’agro-alimentaire.
  • ° Une enfance en danger : familles éclatées, hyperactivité, addiction à l’écran, drogue, conduites à risques…
  • ° Une humanité qui succombe à ses propres créations, du nucléaire à la reproduction artificielle du vivant, en passant par la numérisation du monde.
  • ° Et peut-être surtout un désastre écologique, parce que sans base matérielle, il n’y a pas de civilisation possible.
  • La liste pourrait être allongée à souhait.
  • Un bilan donc qui fait plus penser à des stratégies de survie qu’à un projet d’émancipation, et qui ferait se retourner dans leurs tombes les pionniers du socialisme.
  • Le prétendu « progrès » ayant anesthésié la conscience politique, on n’a peut-être jamais été aussi éloignés des conditions d’une révolution.
  • Dans cette grisaille pourtant, deux bonnes nouvelles.
  • ° La persistance des luttes : des syndicats qui résistent ou des militants qui s’opposent à leur hiérarchie ; des paysans qui tentent de préserver à la fois leur autonomie, le sens de leur travail, la fertilité du sol et la biodiversité ; des « citoyens » qui contestent les « grands projets inutiles et imposés », des individus ou des groupes qui se lancent dans des alternatives en actes.
  • ° L’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle annoncé entre 2030 et 2070 par de plus en plus d’auteurs, de scientifiques, d’institutions. Je renvoie au livre de Pablo Servigné Comment tout peut s’effondrer. Pour les plus gravement dépendants de l’hyperconsumérisme, il ne s’agit pas nécessairement d’une bonne nouvelle, mais pour l’ensemble des pays industrialisés, c’est l’opportunité de se désintoxiquer, de se décoloniser l’imaginaire, et de reconstruire une autre société sur des bases saines.

Même si la mobilisation est loin d’être à la hauteur des enjeux, la Grèce est un exemple significatif. En réaction à la misère sociale qui la frappe, suite aux programmes d’austérité successifs, se développent de nombreuses initiatives économiques, sociales et solidaires (coopératives alimentaires, cliniques sociales, occupations d’usines et reprises en autogestion…), témoignant d’une bonne capacité de résilience d’une partie de la population. Dommage qu’il faille attendre des situations dramatiques pour se rendre compte de l’intérêt de prendre en main son propre avenir.

Jean-Pierre Tertrais (août 2017)

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